dimanche 17 septembre 2017

Ça, de Andy Muschietti


À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… 

Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu'un petit garçon poursuivant son bateau en papier s'est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou …

Nous avons eu le plaisir de découvrir Ça en avant-première lors de la soirée de l'horreur au Cap'cinéma de Carcassonne. Trois jours avant la sortie officielle les clowns étaient au rendez-vous pendant que les coulrophobes restaient terrés chez eux !


Ça (It : Chapter One) est la nouvelle adaptation du roman de Stephen King réalisée par Andy Muschietti à qui l'on doit l'excellent Mama. Il fait partie d'une duologie, deux films adaptant le téléfilm de 1990 de Tommy Lee Wallace. Cette nouvelle version met en scène les évènements étranges se passant à Derry durant l'été 1989 dans la première partie de l'histoire (la suite annoncée devrait se dérouler en 2016 si on en croit le postulat).

Adapter à nouveau ce récit après la version de 1990 était un défi. Cette mini-série en deux parties, bien qu'ayant fais trembler des générations d'enfants (et d'adultes), accuse le coup aujourd'hui et ne peut plus prétendre au statut de film tant il ressemble à présent à un simple téléfilm du dimanche après-midi.

Le film d'Andy Muschietti dure 2h15 et se dote d'une mise en place assez lente mais progressive. On se réjouit que la réalisation et la production n'est pas fait l'impasse sur celà en ne tronquant  pas l'adaptation, afin de coller aux standards du format cinéma. Le récit gagne en profondeur avec le développement des sept héros de l'histoire, et leurs rencontres progressives et flippantes avec Gripsou le Clown dansant.

La photographie et la mise en scène sont impeccables : la couleur, les plans sont maitrisés et rendent hommage à la version de 1990. On retrouve avec beaucoup de plaisir bon nombres de scènes remises au goût du jour avec brio.
Les effets spéciaux sont particulièrement réussis. Que cela soit les transformations monstrueuses de Gripsou, ses déplacements cauchemardesques, le maquillage des enfants morts, les lieux qui se transforment ou s'étirent, tout est savamment dosé sans tomber dans l'avalanche de SFX. La scène où les enfants flottent tous dans "les Lumières-Mortes" ne laisse pas le public indifférent tant son esthétique est travaillée.

Bill Skarsgård signe ici une interprétation magistrale de Gripsou le Clown dansant  (Pennywise) : inquiétant, malsain, basculant aisément du clown au monstre en passant par des expressions d'absence ou de malignité bluffantes, il dépasse la prestation pourtant excellente de Tim Curry à l'époque. Son regard et ses sourires pernicieux vont faire faire des cauchemars à une nouvelle génération de cinéphiles et jeter un vernis d'inquiétude sur les gens déguisés en clown.
Le maquillage appuie habilement la physionomie de l'acteur, accroit le sentiment d'insécurité qu'il inspire, et va bien au delà de celui de clown plus classique que pouvait avoir Tim Curry. Gripsou se drape d'une nouvelle image plus sinistre qui va devenir iconique dans le genre des films d'horreur. A noter qu'un clin d'oeil au personnage original de la version de 1990 est dissimulé dans le film comme pour boucler la boucle.


La prestation des jeunes acteurs est excellente. Mention spéciale à Finn Wolfhard (Ritchie), découvert dans la magistrale série Stranger Things,  qui réussit à nous faire un peu oublier cette dernière en campant un adolescent binoclard casse pied, drôle et injurieux. Jaeden Lieberher est quand à lui touchant dans le rôle de Bill le bègue, frère du petit Georgie qui disparait au début de l'histoire.


Les seconds rôles ne sont pas en reste : les adultes qui entourent les enfants sont soit odieux, soit aveugles aux évènements, caricaturaux d'une certaine Amérique des années 90, comme aime à la montrer Stephen King dans ses récits. 
Henri Bowers (Nicholas Hamilton) et sa bande de voyous sont détestables à souhait et moins caricaturaux que dans le téléfilm. Ils sont traversés de doutes, de peurs ou de problèmes d'adolescents tout autant que leurs ennemis "les ratés", les jeunes héros du film.

Andy Muschietti nous livre ici le premier chapitre d'une adaptation prometteuse, enthousiasmante et délicieusement abominable, fidèle à l'oeuvre originale et à la mini-série devenue culte des années 1990. Astucieux dans sa mise en scène et capable de nous faire frémir, ce premier volet de la duologie donne un nouveau souffle à une oeuvre incontournable du "King", dépoussiérant au passage le travail de Tommy Lee Wallace tout en donnant envie de nous y replonger !!! 

Nous attendons avec impatience la sortie du second opus en espérant que l'épouvante sera à son paroxysme !

Lord Kavern


Lord Kavern, chroniqueur et clown à ses heures perdues / L'Etrange Librarium, une affaire de famille !

dimanche 10 septembre 2017

Death Note, de Adam Wingard


Inspiré du célèbre manga japonais écrit par Tsugumi Ōba et illustré par Takeshi Obata, Death Note suit un lycéen qui trouve un carnet doté d'un pouvoir surnaturel : quiconque le possède condamne à mort ceux dont il y inscrit le nom en pensant à leur visage. Enivré par un sentiment de toute-puissance quasi divine, le jeune homme commence à tuer ceux qu’il estime indignes de vivre.

Adam Wingard, à qui l'on doit entre autre l'opus de Blair Witch sorti en 2016, s'attaque ici à l'adaptation du célèbre manga "Death Note".
Les fans de "Death Note" grinceront sans doute des dents devant cette adaptation américanisée, allant jusqu'à parler de white washing et de massacre de l'oeuvre originelle.

Mais si l'on s'attarde sur le film en lui-même il n'est pas dénué de qualités. Certe il oscille entre teen-movie et univers sombre, ambiance à la sauce "The Faculty" et morts dignes de "Destination Finale", pour autant on est rapidement plongé dans l'intrigue. 
Du haut de ses 101 minutes, Death Note ne manque pas de rythme et parvient sans peine à embarquer son spectateur au côté d'un adolescent lambda qui se sent pousser des ailes une fois en possession du fameux carnet. Il s'affranchit de son existence discrète et croit devenir le héros des temps modernes que tous attendaient, venu libérer le monde du mal. Bien entendu rien en se passe vraiment comme prévu et la situation a même la fâcheuse manie de s'aggraver !

L'ensemble est un peu cliché, clairement destiné à un public "young adult" mais on se laisse prendre au jeu ! Un Death Note dynamique à la photographie soignée, porté par un casting qui, s'il ne crève pas l'écran, n'est pas non plus médiocre. A voir en VO pour profiter de Willem Dafoe qui prête sa voix à Ryuk.

Cette version de "Death Note" est décriée par les puristes. Pour autant à quoi servirait une adaptation si elle n'était que la copie conforme de l'oeuvre de laquelle elle s'inspire ? Elle en reprend le thème principal et s'en éloigne sans doute, le réalisateur et son équipe se l'appropriant pour en livrer leur vision. Mais c'est également, pour le public, l'occasion de se tourner vers le manga originel et la série animée. Bien loin de mettre à mal le travail de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata, c'est à mon sens un bon moyen d'ouvrir les portes de leur univers à un public qui ne connaissait "Death Note" que de nom.

Cette adaptation de "Death Note" ne restera probablement pas innoubliable, elle n'en demeure pas moins un bon thriller fantastique de série B que l'on prend plaisir à voir !

Lady Fae

vendredi 1 septembre 2017

Grave Encounters, des Vicious Brothers


Rarement surpris et trop souvent déçus par le cinéma horrifique de ces dernières années, une amie et moi-même cherchions hier soir dans nos poussiéreux souvenirs afin d’y dénicher les derniers bons films de ce genre qui nous avaient marqués. En tête de liste nous vint à tous deux l’excellentissime, voire le presque irréprochable « Sinister » de Scott Derrickson. Lequel n’a d’ailleurs eu de cesse que d’améliorer sa patte et son identité cinématographique depuis « L’exorcisme d’Emily Rose », pour le plus grand panard des amateurs de frissons. Et le premier constat nous frappa alors : cinq années entières s’étaient écoulées sans qu’un film d’horreur ne nous marque autant que celui-ci… Merde, qu’était-il arrivé ? Avions-nous passé le cap de nos jeunes années, devenant moins facilement effrayés ? Etions-nous de ces blasés qui clament sans second degré que « c’était mieux avant » ? Ou bien encore étions-nous devenus plus exigeants, gavés depuis notre tendre et innocente enfance par des centaines de films d’horreur ? Etait-ce finalement le cinéma qui n’arrivait plus à produire ces métrages qui nous sont tendres avec la même qualité qu’autrefois ? Peut-être un peu de tout ça à la fois, allez savoir… Le constat demeurait inchangé…
Aussi avons-nous forcé notre mémoire à travailler plus assidument, persuadés que de plus récentes découvertes nous avaient marqués au fer rouge. Il y avait bien « Mama » d’Andrés Muschietti, avec son ambiance pesante et ses scènes marquantes. Mais l’impact n’avait été finalement qu’assez léger, et qui plus était le film datait de 2013… Nous n’avions rogné qu’un an. Fichtre… «Le premier volet de la saga « The Conjuring » qu’on ne présente plus tant il est fort d’un succès certain, mais là encore on ne passait même pas la barre de 2014… Ah ! Le « Blair Witch » d’Adam Wingard ! Petite surprise de l’année dernière, et dont j’ai eu de grandes difficultés à dire du mal, aussi pessimiste ai-je pu être au moment d’entrer dans la salle. (Vous pouvez d’ailleurs retrouver ma chronique sur ce film dans les archives du blaug.) Toutefois aussi sympathique fut-il, il ne m’avait pas non plus mis aussi mal à l’aise que « Sinister » qui restait définitivement en haut de notre classement (probablement en partie grâce à la bande-son incroyablement malaisante signée Boards of Canada).

Ce fut donc bredouille que nous revenions de nos recherches, et légèrement dépités. Résignés à ne pas dénicher de films plus récents, nous nous sommes alors amusés à décortiquer plus en détail ces quelques années entourant nos derniers coups de cœur. Et on est littéralement tombés sur le cul : pléthores de bons voire de très bons films ponctuaient la période 2010-2013 ! Comme si à la Bourse du cinéma, le genre horrifique était soudain monté en flèche, jusqu’à crever le plafond. Cela concorde d’ailleurs avec la résurrection du Found-Footage (dont je dresse un petit historique dans ma chronique sur « Blair Witch », si c’est un poil obscur pour vous). D’ailleurs, c’est là la forme choisie par les Vicious Brothers pour nous servir en 2011 leur premier véritable long-métrage : « Grave Encounters ».
Fait cocasse : bien que sorti en 2011 aux Etats-Unis, le film ne finit par traverser l’Atlantique que l’année dernière, tout d’abord uniquement en VOD et téléchargement puis finalement en DvD. Voilà qui bouclait la boucle ! Ayant fait sensation à Gérardmer, nous en avions à l’époque entendu parler sur d’étranges et obscurs forums, et c’est munis chacun d’un tricorne et d’un sabre que nous avons déniché une copie. On a adoré. Resonger à ce vieux coucou nous arracha un sourire franc, et c’est de concert qu’on décidait de se le mater à nouveau. Ce ne fut d’ailleurs pas compliqué de le trouver : il est disponible sur [un service de VOD vach’ment connu dont le nom commence par Net et finit par Flix]. Et il fit à nouveau son petit effet. Aussi, trop méconnu à mon goût, je m’en viens vous en parler un peu et -j’espère- vous donner envie de le voir ou le revoir d’un œil neuf.


De la justification du format

Qui dit found-footage implique nécessairement la présence d’une caméra existante dans la diégèse du film, présence qu’il est donc impératif de justifier dans le scénario lui-même. La plupart du temps, ceci passe par l’utilisation de ladite caméra pour tourner un reportage, ou une enquête. On peut par exemple penser ici à « REC » ou encore une fois au « Projet Blair Witch » qui comptent tous deux une équipe de reporters, qu’ils soient professionnels ou simples amateurs. D’autres fois - comme dans le cas de la célèbre saga « Paranormal Activity » ou bien dans le perfectible « Cloverfield » de Matt Reeves – un des personnages trouvera important de filmer les différents évènements qui nous serons présentés. Le second cas a souvent laissé au public comme un goût d’artificialité, certains apartés essentiels à la compréhension du film ou à son rythme peuvent parfois sembler n’avoir aucune raison d’être enregistrés. Cela amène hélas bien souvent à couper le spectateur le sentiment d’immersion dans lequel le métrage cherche à le placer. De plus, le found-footage est supposé être par définition dénué de tout montage vidéo. Et cela, « Grave Encounters » le respecte à la lettre et de manière très habile. En effet, dès le début du film, c’est le producteur de la série éponyme qui nous introduit à la situation initiale, gageant de toute son honnêteté que les images qui s’apprêtent à défiler sous nos mirettes sont de véritables rushes retrouvés et surtout n’ayant pas été retouchés au montage.
Je dois vous l’avouer, après ce prologue digne d’un bonus DvD, je me trouvais le cul entre deux chaises : ma curiosité avait été piquée au vif, et le film me semblait prendre une direction très intéressante, par ailleurs j’attendais clairement la suite au tournant, prêt à mordre au moindre faux pas. Et si ce serait un odieux et éhonté mensonge de dire de « Grave Encounters » qu’il est irréprochable, aucune de ses maladresses n’aura été assez grande pour s’attirer mes foudres. Très friand du genre found-footage, ce dernier a depuis lors sa place parmi mes préférés. Et je peux vous l’assurer, ce n’est pas sans raison.


Concernant le reste du long métrage, chaque caméra par laquelle nous serons témoins des mésaventures de l’équipe de tournage saura sans peine justifier sa présence. En effet –et j’y reviendrais un peu plus en profondeur dans la suite de cette chronique- nous suivons un groupe de chasseurs de fantômes enquêtant entre les murs d’un vieil asile à l’abandon et prétendument hanté. Le set and setting se compose donc en toute logique sans qu’on ressente la moindre artificialité dans l’usage du support. Utilisant intelligemment les commentaires de l’équipe comme on le ferait pour un making-of, la moindre scène un tant soit peu banale ou ordinaire renforce l’immersion plutôt que de détacher le spectateur. Pour sûr, dès les premières minutes du film on comprend que ça n’a rien d’aussi putassier que l’improbable désir de Rob de ne pas lâcher sa nouvelle caméra tout au long de « Cloverfield ». De même que les scènes où il ne se passe rien d’anormal sous l’objectif des caméras fixes ne voient pas leur durée abusivement allongée pour faire monter l’angoisse, comme on pourrait le reprocher aux « Paranormal Activity ». Les soubresauts de l’image, les parasites et autres défaillances technique opportunes utilisées pour traduire des manifestations paranormales ne sont pas non plus abusives, et ponctuent le métrage avec justesse. Au final, tout y est mesuré avec adresse et tact, et c’est incroyablement plaisant.


Quid du synopsis ?

Le pitch est simplissime au possible : comme je l’évoquais plus haut, le spectateur est invité à suivre une équipe de chasseurs de fantômes sur le tournage d’un épisode de leur série intitulée « Grave Encounters ». C’est tout bête, et ça pose un terreau aisément exploitable par le format found-footage tout en facilitant la mise en place d’une ambiance horrifique. Un brin faiblard au premier abord, le synopsis attise néanmoins la curiosité, d’autant plus qu’à l’époque où sortait le film, les séries documentaires sur le sujet rencontraient un riche succès. Aussi, quoi de mieux qu’un asile désaffecté, entouré de multiples légendes glauques et paré d’une très mauvaise réputation pour poser le décor ? Avant de le visionner, j’étais sceptique, et prêt à crier à la fainéantise… me raviser dans mon jugement a été l’une de mes plus sages décisions. Les péripéties nous embarquent dans un univers au final très lovecraftien, où temps et espace n’ont rapidement plus aucune substance tangible. A mesure que la folie gagne les personnages, on se retrouve tout aussi perdus, amplifiant alors le malaise général et renforçant l’empathie éprouvée pour les protagonistes.
La simplicité du scénario est au final l’une de ses plus grandes forces, car aussi rationnel qu’on puisse être, et même conscient de se trouver devant une œuvre de fiction, tout apparait vraiment crédible. La diégèse n’est violée à aucun moment, et si les premières manifestations paranormales sont trop faiblardes pour nous arracher de réels frissons, on réalise très vite que ce n’est rien du tout en comparaison de ce qui nous attend ensuite. L’escalade dans l’horreur est d’ailleurs exponentielle, et le rythme est savamment maitrisé pour que le film ne s’essouffle pas ou ne s’enlise dans le cliché bête et décevant.
L’immersion est aussi renforcée au cours de différents dialogues et d’une mise en scène habile, où l’on nous dévoile à demi-mots que nos fameux chasseurs de fantômes ne croient pas du tout au surnaturel, et que leur série est truquée dans le seul but lucratif de faire trembler l’audimat. On assiste donc à leur toute première confrontation à ces entités qu’ils prétendent chercher depuis plusieurs épisodes. Le personnage de Houston Gray est d’ailleurs à mon sens un ajout conséquent au film. Ce prétendu médium, véritable parangon du charlatanisme et cabotinant sans retenue aucune, est sensé démontrer la présence d’esprits errants au public. Et il est difficile de ne pas sourire lorsqu’il perd tous ses moyens dès le premier fait paranormal. Tous les protagonistes ont d’ailleurs un caractère propre, qui s’il flirte par moments avec le cliché, renforce leur identité et les fait sembler tout à fait réels. Non, vraiment, « Grave Encounters » n’a définitivement pas été écrit avec le cul d’un boiteux. Quant à Lance Preston, vedette phare de l’émission, sa réaction face aux différents évènements est indubitablement crédible : si de prime abord il apparait comme un escroc tout aussi méprisant que méprisable, il se retrouve rapidement emballé et fébrile à l’idée que le surnaturel soit en définitive une réalité.
Je brûle d’envie de disséquer sous vos yeux des passages entiers du scénario, qui selon moi sont de parfaites manifestations de génie, toutefois cela pourrait gâcher votre expérience si vous n’avez pas encore vu le film. Je m’en garderai donc, et vous invite chaleureusement à le découvrir par vous-même.


Et le trouillomètre dans tout ça ? 

Je vous le disais en préambule de cette chronique, il est difficile pour un long-métrage de me foutre les foies. Si « Sinister » et son ambiance y parviennent avec succès, je reste littéralement insensible à tous ces maigrelets films bourrés à ras-bords de jump scares. Rien ne m’effraie moins qu’un vieux screamer tout cheap qui me saute au visage par «surprise » (alors qu’on le sent clairement venir à trouzmille bornes tant le procédé est usé). Et bien « Grave Encounters » contient tous les ingrédients qui me font apprécier la peur. Je vais insister une dernière fois sur l’ambiance, qui s’alourdit crescendo jusqu’à baigner le spectateur dans cette atmosphère pesante et anxiogène digne d’un véritable film d’angoisse. On se sent aussi cloitré et perdu que le sont les personnages, et la peur vient principalement de l’inconnu –ce prédateur naturel de l’Homme dont je vous parlais dans mon billet sur « Alien ». Et si je soulignais la simplicité du synopsis précédemment, les mécaniques utilisées pour jouer avec l’effroi et la terreur sont très bien huilées. Pas un seul instant je n’ai eu le sentiment qu’on me prenait pour un con, ou qu’on cherchait à insulter mon intelligence. Lors du set and setting nous sont présentés quelques lieux-clefs du bâtiment, qu’il est évident pour tout spectateur un tant soit peu coutumier du genre qu’on retrouvera ensuite. Et plutôt que de donner dans le set-up/pay-off le plus basique du monde, cherchant à flouter maladroitement aux yeux de tous des ficelles grosses comme des chevaux, « Grave Encounters » annonce clairement son intention d’entrée de jeu : chaque pièce SERA le théâtre d’une scène flippante. Vous le savez, mais ce que vous ignorez c’est QUAND cela va se produire. Cette insoutenable attente qui flirte avec l’ironie dramatique (bon sang, ce que j’adore ça, l’ironie dramatique) vous place bien plus habilement dans l’inconfort que ne l’aurait fait une de ces vulgaires supercheries chères à  M. Night Shyamalan.

Par ailleurs, les scènes de frayeur pure qui ponctuent cette randonnée de l’angoisse sont d’une efficacité époustouflante, accentuées qu’elles sont par l’usage des caméras et par un jeu d’acteur plus que convainquant. L’absence totale et logique de toute bande-son musicale est également un catalyseur de la peur qu’instille le long-métrage, donnant une fois de plus un cachet réaliste à l’œuvre, et confirmant les propos du producteur en début de film.
Si les seconds, troisièmes visionnages et chaque suivant permettent de prendre une certaine distance avec le film et son atmosphère, le plaisir reste bien présent. Car bien que la frayeur perde de son impact, « Grave Encounters » reste une excellente œuvre, et mériterait amplement d’être cité comme exemple du genre à l’instar de ses précurseurs. 

Sur ce, je m’en retourne à ma vie insipide et morne, à ces navets sans substances qui pullulent tels des lapins australiens, et je vous donne rendez-vous très prochainement pour suivre en ma chaleureuse compagnie la dixième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg !
Pensez à bien regarder sous votre lit avant d’aller vous coucher, et s’il vous plait, ne jouez pas avec la table de Ouija de votre arrière-grand-mère d’origine gitane.
Bishop9K


PS : je ne pouvais pas clôturer cette chronique pour partager avec les plus curieux d’entre vous le morceau de Boards of Canada qui ponctue « Sinister » de long en large, et qui n’est pas sans rappeler le travail du groupe « Goblin » sur la bande-son du célèbre « Suspiria » de Dario Argento.